Notre-Dame de l’Espérance

Vierge Miraculeuse

Pietà

Vierge Douloureuse...

Autant de dénominations pour une seule et même statue...




Pour l’apprécier vraiment, il faut la voir dépouillée de ses ornements d’apparat, de dentelles ou brodés de fil d’or, de soie ou autres tissus précieux qui, s’ils s’accordent avec plus ou moins de bonheur à la rutilance des ors de l’autel, n’avantagent pas pour autant la sculpture.

Car, honnêtement, celle-ci se suffit à elle-même.

Elle est taillée dans du bois de tilleul. Evidée presque ’à l’excès, elle est très légère, ce qui surprend lorsqu’on la déplace, vu sa hauteur de plus d’un mètre. Le corps du Christ est indépendant e celui de sa mère, assise, qui porte le supplicié, mort, sur ses genoux.

L’image est à la fois naïve, maladroite et belle.

Vu de près, le visage de la Vierge n’est pas sans grâce. Ses traits sont empreints de tristesse et d’interrogation. - Pourquoi ? -. Son regard, par-delà le visage de son Fils aux yeux clos, semble comme perdu dans un rêve lointain, une méditation, une réflexion presque sereine d’où le déchirement de la souffrance, déjà, s’est dissipé. L’acceptation...

Voile blanc, robe rouge, manteau bleu. Pureté, amour, fidélité. Les plis de ces trois vêtements tombent droits, dans l’esprit du gothique du XIIIe siècle, d’une grande simplicité, peut-être voulue.

Il est vrai que les mains de la Vierge sont d'exécution plutôt raide, un peu rudimentaire même. Tout comme le corps du Christ. Ce n’est pas le travail d’un grand artiste, dit-on. Cela est sûr. Mais malgré la gaucherie ou l’inhabileté indiscutable de cette sculpture, elle ne manque pas de dignité et d’expression, encore moins d’intérêt puisqu’elle se situe probablement parmi les plus anciennes Vierges de Douleur (Vesperbild) de cette époque connues dans l’espace rhénan.

Ne fait-on pas preuve d’une bien plus grande indulgence envers les Vierges à l’Enfant romanes qui, souvent, sont de facture combien plus primitive et néanmoins empreintes d’un certain charme... Evidemment deux siècles nous séparent de ces dernières. Mais certains auteurs n'ont-ils pas voulu voir dans cette statue l'une de ces Vierges dont on aurait par la suite supprimé l’Enfant assis pour le remplacer par le Christ déposé de la croix afin de l’adapter à l’esprit de cette nouvelle époque ?

L’œuvre, au cours de sa restauration, a prouvé qu’il n’en était rien. L’examen approfondi ainsi rendu possible a fourni la preuve du non-fondé de cette supposition. Et si le corps du Christ est proportionnellement trop réduit par rapport à celui de sa Mère, il faut croire que c’était bien là l'intention recherchée du sculpteur. La mère et son enfant, la mère et "son petit"...

Plus tard, à plus d’un siècle et demi de distance, a été conçue cette autre Pietà du Prieuré, exposée dans la chapelle latérale. La différence est de taille. Le réalisme , la perfection du travail, le magnifique drapé du vêtement, l’expression de souffrance de ce Christ de grandeur réelle, tout cela est d’une réalisation parfaite.

Mais, malgré toutes ses qualités artistiques, sait-elle mener, mieux que l’autre image, à un recueillement plus profond, à une prière pus ardente ?

Des générations de fidèles sont venues se prosterner devant Notre-Dame de Thierenbach, l’ont invoquée, ont trouvé, par son intercession, paix et soulagement.

Sainte Marie-Auxiliatrice.

Revêtue ou non de son manteau de soie et d’or...



Louis WIEDERKEHR, février 2001

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